Les sextoys prennent une place importante dans nos vies (et tant mieux)

«J’ai découvert les sex-toys il y a cinq ans», raconte Juliette, étudiante de 26 ans originaire de La Chaux-de-Fonds. Pour cette étudiante, il n’est pas tout de suite allé de soi que les sex-toys fassent partie intégrante de sa sexualité. C’est la relation de la jeune femme avec sa partenaire qui l’a engagée sur cette voie: «Avant d’être avec ma copine, j’étais curieuse devant ces objets mais je me disais que ce n’était pas naturel de les utiliser», confie-t-elle.

Depuis, les choses ont radicalement changé. Elle rit aujourd’hui devant les préjugés qu’elle a déconstruits au fil des années: «J’avais en tête que ma partenaire seule devait me suffire, j’avais peur de blesser ses sentiments en utilisant des accessoires.» Aujourd’hui, elle inclut volontiers les sex-toys dans la dynamique de son couple: «On s’en offre de temps en temps et on les découvre ensemble. Dildos, vibros, on choisit selon l’envie.»

Un outil thérapeutique

Pour le sexologue Mabrouk Mehrez, l’histoire des sex-toys est liée à la prohibition du désir féminin. Il retrace l’évolution de cet outil thérapeutique qu’il conseille parfois à ses patients: «Les sex-toys existent depuis l’Antiquité malgré la condamnation morale dont ils faisaient l’objet. Dans ces sociétés patriarcales, on les désapprouvait car seul l’homme avait le droit de donner du plaisir à la femme.» Il relate également qu’à l’époque des harems, les légumes tels que les carottes, concombres et aubergines étaient même interdits à la vente par peur que les femmes ne les utilisent pour se donner du plaisir. Aujourd’hui, selon ce sexologue exerçant depuis vingt ans, «les sex-toys sont de plus en plus utilisés. Les femmes en sont actuellement aussi adeptes que le sont les hommes.»

Juliette et sa partenaire partagent une grande complicité liée à l’utilisation des jouets. Mabrouk Mehrez explique ce phénomène: «Dans les thérapies de couples hétérosexuels et homosexuels, une utilisation des sex-toys peut permettre d’augmenter sensiblement son propre plaisir et celui de son partenaire, sans compter qu’ils peuvent parfois parer à certaines insatisfactions.» Le sexologue affirme que pour laisser libre cours à leurs sensations, il est néanmoins nécessaire pour les partenaires de se libérer de leurs appréhensions culturelles et sociales, car celles-ci sont à l’origine de nombre de blocages. «Les sex-toys peuvent être un excellent moyen de découvrir ses zones de plaisir, de les stimuler et de s’épanouir», conclut Mabrouk Mehrez. Il met toutefois en garde contre une utilisation addictive qui se substituerait à la relation humaine.

Une évolution remarquable

La vente des sex-toys a également subi quelques évolutions au fil du temps. «Au XXe siècle, ils étaient présentés dans des sex-shops fréquentés exclusivement par des hommes. Il y régnait une ambiance peu engageante qui évoquait l’expression d’une misère sexuelle», explique Mabrouk Mehrez. Pour sa part, Juliette commande ses sex-toys sur internet: «J’ai découvert un site (Rue69.fr) qui me permet d’être discrète. Ça m’évite la gêne d’aller dans un sex-shop.» L’étudiante a également découvert une nouvelle manière de partager autour de ces objets destinés au plaisir sexuel: elle a dernièrement participé à un évènement privé où une représentante d’une entreprise lausannoise présentait une ligne de sex-toys.

Depuis, la jeune femme organise des soirées chez elle pour faire découvrir ces objets. Chaque invitée peut poser ses questions ouvertement, l’ambiance est sans jugement: «Ces soirées permettent de lever des tabous, on s’enrichit de l’expérience des autres. On peut parler de nos doutes, de nos envies et de nos peurs», souligne-t-elle. Bien que les sex-toys puissent contribuer à l’épanouissement des sexualités, ils n’en restent pas moins coûteux. Quoique très satisfaite de ses achats, Juliette regrette qu’il faille y investir autant d’argent.

Fabriquer son sex-toy

Ouvrir un espace de discussion autour de ces thématiques et rendre accessibles les sex-toys à petit prix, voilà justement le défi que se sont lancé Violaine Duc et Marc Baumgartner, étudiants à l’Université de Genève: «Nous avions tenu un atelier do-it-yourself de sex-toys dans le cadre du Festival universitaire Genre et Egalité à Genève en avril 2019», raconte Violaine, 25 ans, avant de s’exclamer: «Il y a eu un succès fou! Ça nous a motivés à mettre sur pied un projet à long terme.»

Depuis cette première expérience, les ateliers pornotopiques de Marc et Violaine proposent régulièrement de nouveaux objets à fabriquer soi-même. La majorité du matériel est réutilisée. Les deux associés proposent de réaliser des objets à base de cire d’abeille ou de pâte Fimo. «On peut également broder sur sa lingerie ou découper des harnais sexy», confie Violaine. L’objet phare de l’atelier? Le fouet. Alliant le plaisir à la douleur, c’est l’objet le plus apprécié par les participants et il est réalisable à partir d’un pneu de vélo. Violaine s’exclame: «Le tout est de prendre du temps pour préparer quelque chose avec quoi on se sent bien et que l’on aura plaisir à utiliser!»

L’initiative a pour but de permettre que le plaisir et l’exploration des sexualités soient accessibles à tous. «Nos ateliers sont sex-positive, on fait de la prévention et le consentement est au centre de tout», explique Violaine. «Comme ce sont des objets sexuels, il est essentiel d’être dans le respect des limites de chacun et chacune.» Devant le succès grandissant de leurs ateliers, Marc et Violaine prévoient de les développer dans d’autres régions.

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