Regarder un porno en couple : une bonne idée ?

Il est temps d’arrêter avec cette philosophie sexuelle new-age prêchée par les magazines de ménagères : « Pimentez votre couple. » « Soyez son actrice X ! » « Regardez des pornos avec lui ! » Toutes ces nouvelles injonctions à nous rendre plus sexy, plus coquins, si elles partent sans doute d’une bonne intention, le fameux « ranimer la flamme », oublient l’essentielle : parler, communiquer. Le sexe tient une place importante dans un couple. N’ayons pas peur de le verbaliser, de confier nos désirs, nos pulsions, nos inquiétudes, nos fantasmes. Qui mieux que celui ou celle qui partage notre lit pourra les comprendre ? L’autre ne les partagera pas forcément, mais il verra, à son tour, une occasion de s’épancher sur la part secrète de sa sexualité. C’est l’occasion de trouver un terrain d’entente, de partage, voire d’échange. Et ça ne consistera pas nécessairement à se farcir un boulard devant la téloche dans l’espoir que la calotte glaciaire qui nous sert de partenaire se change subitement en Mont Vésuve. Bref, un couple qui fonctionne sexuellement est un couple qui sait ce dont chacun a besoin, envie, au plus profond de ses fantasmes. Il y a alors un tas de couples qui s’éclatent au pieu sans mater de porno, sans faire d’échangisme, sans même se toucher, parfois. (Essayez le tantrisme, tiens.)

Porno en couple: pourquoi donc?

Si de nombreux couples ne sont pas intéressés par la chose, d’autres expriment l’envie de visionner ces vidéos à deux. Et ils n’ont pas à en rougir: cela peut être un excellent moyen d’entretenir le désir, pimenter la vie sexuelle, explorer de nouvelles pratiques… Mais encore faut-il que l’envie soit partagée. « La difficulté, c’est quand les deux partenaires ne sont pas au même niveau, que l’un en a plus besoin que l’autre, souligne le sexologue Sylvain Mimoun. Alors, ce n’est plus un jeu d’ouverture : l’un devient un objet pour assouvir le besoin de l’autre ». Attention, donc, à être sur la même longueur d’ondes! Un bon moyen de tâter le terrain est d’utiliser les suggestions ouvertes. « On pose des questions progressives pour voir comment l’autre réagit, en décryptant ses expressions faciales ».

Définissez le contenu

Sur Internet, en matière de pornographie, on trouve parfois le meilleur… mais souvent, le pire. Pas sûr que votre partenaire appréciera la vidéo d’une personne soumise à des sévices ou un acte zoophile (oui, on trouve vraiment de tout…). Oubliez l’improvisation qui pourrait vous plonger dans une situation fort gênante. Cherchez, en amont, la vidéo adéquate. Pour cela, un petit briefing s’imposepour définir ce qui excite et rebute les partenaires. « La particularité du pornographique, c’est que l’on voit les organes, au contraire de l’érotisme. Les femmes ont souvent tendance à privilégier les scènes plus évocatrices », observe le Dr Mimoun.

Une ouverture au dialogue ?

Toutefois, quel que soit votre statut, cette proposition d’une parenthèse X peut être prise à titre d’’expérience, comme une autre. « C’est une opportunité de discussion, de découverte d’un pan du jardin fantasmatique de votre partenaire, que vous ignorez peut-être » poursuit la sexothérapeute. Au lieu d’accueillir sa demande par un « sûrement pas » ou un « oui bien sûr, quelle bonne idée » prononcé à la va-vite, tendre une oreille attentive à sa proposition peut se révéler bénéfique pour la sexualité du couple.

C’est le cas pour Mathilde, qui a découvert par hasard l’intérêt de son mari pour ce type de films. La crise qui a suivi les amène dans un cabinet de sexologue. Aujourd’hui, une séance X est une récréation qu’ils vivent aussi tous les deux. Lui s’est libéré de sa culpabilité et elle de son incompréhension vis-à-vis de cette pratique. « Cela peut être une expérience positive à condition qu’il y ait une implication des deux parties » ajoute la sexothérapeute.

Ceci étant dit, passons maintenant à la question de l’initiation.

Vous êtes amateur de porno, mais votre partenaire, sans y être hermétique, n’a jamais trop compris l’intérêt, soutient que son imagination lui suffit, qu’il ou elle est mal à l’aise devant. C’est compréhensible. De base, la plupart des êtres humains éprouvent ce genre de sentiments lorsqu’ils aperçoivent quelques-uns de leurs semblables tout nus, en train de copuler bruyamment. Vous souhaitez malgré tout l’initier, pour avoir une nouvelle activité ludique à partager ensemble. Et c’est tout à votre honneur. 

Commencez par prendre la température. Si le rejet du porno provient de principes moraux strictes, qu’ils soient religieux ou simplement éthiques, ne détruisez pas ça, ça ne vaut pas le coup. Si ce rejet vient essentiellement d’une absence de curiosité pour le sujet, en revanche, il y a peut-être une ouverture. Mais il faut y aller en douceur. Amenez le sujet sans lourdeur, prévoyez une soirée romantico-coquine, et sélectionnez un métrage pertinent pour une initiation. 

Préparez le jour J

Vous avez choisi la vidéo appropriée; ne manque plus qu’à trouver le moment opportun. Préparer une petite mise en scène peut limiter l’ « effet bizarre ». Une soirée coquine après un dîner en amoureux? Quelques bougies, une tenue sexy? « Attention toutefois à ce que ce ne soit pas refroidissant; tout le monde n’aime pas la mise en scène ». Visionner du X en couple relève d’un jeu sexuel. Faites fonctionner l’imagination!

Vous vous souvenez de l’exemple du porno hardcore en allemand ? Bah, c’est simple, ne commencez pas par ça. Le porno a des codes : cadrages, représentation des corps, rapports de domination/soumission, etc., et des genres : amateur, gonzo, porno chic… Nul doute que si l’on vous y avait initié à travers une vidéo amateur, au cadrage dégueulasse, montrant 15 gonzes dans une cave en train de besogner un esclave sexuel à masque de porc, vous auriez renoncé à toute forme de sexualité pour plusieurs années. Sélectionnez donc un porno à l’esthétique accessible : une production propre, un vague scénario, des acteurs aux physiques proches d’une certaine moyenne. Si c’est votre truc, vous pouvez aussi verser dans le film SM, mais soft, sans violence : c’est esthétique, transgressif et les enjeux sexuels parlent généralement à tout le monde. 

Choisissez, en outre, un porno qui vous excite et dont vous pouvez vanter l’atmosphère érotique plutôt que la performance sexuelle, ou vous risquez de vous voir rétorquer son désintérêt profond pour les documentaires animaliers. De plus, vous n’aimez sans doute pas les mêmes physiques, que ce soit au sujet des acteurs ou des actrices, il faut donc mettre l’accent sur la situation, ce qu’elle a de particulier, d’érotique, voire de pervers, pour vous émoustiller à ce point. Enfin, et surtout, choisissez un film qui pourrait lui plaire, qui développerait un fantasme que vous pourriez avoir en commun. C’est tout l’intérêt de la démarche, et du porno en général : s’éveiller à ses fantasmes.

Débriefez

Alors, comment avez-vous vécu cette expérience?N’hésitez pas à en discuter après coup. Cela permettra de recueillir le sentiment de chacun, mais aussi d’éviter l’émergence de complexes. « Si la personne a déjà des complexes, sur ses seins ou son sexe, les vidéos peuvent les renforcer. Alors, il faut choisir un autre type de contenu », conseille le Dr Mimoun. Il convient aussi de garder à l’esprit que le porno, c’est de la fiction! Toute comparaison avec la réalité est inappropriée.

… et recommencez!

Si l’expérience vous a plus, n’hésitez pas à la réitérer! Mais attention à ne pas verser dans l’addiction. « C’est le risque, avertit le Dr Mimoun. Si l’on a besoin du film pour avoir du désir, cela devient dangereux pour le couple. On essaye alors de se surexciter pour cacher une baisse d’envie ». Mais si à l’origine, la sexualité de votre couple se porte bien, les vidéos pornographiques ne vous serviront pas d’échappatoire.

Attention aux effets pervers du porno à deux

« Un porno peut aussi avoir l’effet inverse ! C’est-à-dire ne susciter aucun désir de passage à l’acte » prévient Nathalie Giraud Desforges. En clair, une séance X ne garantit en rien des ébats inoubliables. « Les images peuvent être même encombrantes » ajoute-t-elle.

  • En effet, la posture du voyeur peut parfaitement combler un besoin sexuel. La simple vue du film est satisfaisante ; le rapport sexuel n’est plus souhaitable.
  • Par ailleurs, les images peuvent aussi parasiter la relation sensorielle avec le partenaire en s’imposant. En plein coït surgissent alors des comparaisons, sur la taille, l’intensité de ce qui semble être vécu dans le film. Résultat, vos galipettes semblent bien fades.
  • Enfin, le porno peut réveiller des blessures d’abus ! Si un profond malaise vous saisit, face à la demande, ou devant les images, il y a des raisons, ne vous obligez à rien. « Une réaction très forte d’ordre répulsive est significative du déclenchement d’une alarme intérieure dont il faut tenir compte » rappelle la sexothérapeute.

Quand Juliette rentre et surprend son partenaire en train de mater du porno, c’est très naturellement que ce dernier lui propose de se joindre à lui. Leur sexualité est plutôt libre de tabous, et elle s’y prête de bon cœur. Mise à part qu’elle est saisie d’un profond malaise qui ne la quittera pas, l’obligeant à se lever. Des séances de thérapie révèleront un élément de son passé, où entre 10 et 12 ans, son beau-père lui proposait de s’asseoir à côté d’elle… pour regarder des films porno, sans abus physiques d’aucune sorte. Seulement l’image.

En conclusion

Vous n’avez, à présent, plus qu’à promouvoir votre initiative, avec élégance, érudition et un brin de sens esthétique. Et n’oubliez pas d’être honnête. Ne lui jouez pas le coup de l’esthète complètement désintéressé de la bagatelle, ça ne prendra pas. Oui, ça vous excite, mais pourquoi ? Comment ? 

Avec ça, vous devriez parvenir à négocier votre petite séance de cinéma X privée et, peut-être, ouvrir votre couple à une toute nouvelle culture cinématographique.

Un dernier conseil pour la route : pendant la séance, ne ponctuez pas chaque pénétration d’un « Alors ? Ça t’excite ? », il n’y a pas pire turn-off. Un mot, un regard, un clin d’œil tout au plus, et laissez l’excitation monter chez l’autre. Le jeu s’installera de lui-même…

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